Orange Sanguine ou les aventures des centristes décompléxés
Le Serment de l'imprévu
"Nos meilleures années est la fresque d'une génération qui,
avec ses contradictions, avec sa fougue, tantôt ingénue, tantôt violente, avec sa rage parfois déplacée, a essayé de ne pas se résigner au monde tel qu'il est, mais de le rendre un peu
meilleur".
A méditer
"Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s’imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu’il est tout aussi possible de voir s’installer un système d’exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif ".I. Wallerstein
François Bayrou répond aux promoteurs du MoDem
by notre envoyé spécial Sergent Peppers
L’initiative des promoteurs a été le sujet de la première question posée par les adhérents lors de la réunion départementale du MoDem64 vendredi soir à Salies de Béarn. C’était une réunion entre nous, pour tout se dire donc forcément beaucoup de OFF. Les chers lecteurs d’Orange Sanguine comprendront que je ne pourrais pas tout raconter de la vie interne de « notre « famille », juste ce qui s’impose et mes impressions (compte-rendu officiel sur le site MoDem Pau-Pyrénées + ITW radio de François Bayrou + ITW à venir des militants demain).
Certains adhérents et « cadres » étaient très remontés - sur la forme et non sur le fond sur lequel tous se trouvèrent d’accord avec l’esprit de la lettre - car l’initiative des promoteurs avait trouvé écho dans la presse locale le matin même. Au
pays Orange par excellence, ça bousculait un peu les traditions. Fidèle à son habitude du quart d’heure poitevin, François Bayrou arriva au moment où le débat s’engageait sur cette question. Un
regard échangé puis une tape sur mon épaule (privilège des « gars du fond »), et le voilà qui
s’engage dans les travées de la salle archicomble sous les applaudissements et les clameurs (ndlr : François est au Béarn ce que Bernadette est à Lourdes Ségolène à Melle). Il a l’air fatigué mais heureux d’être là parmi les siens. Belle entrée en la matière pour son retour au
pays que de répondre à la question :
« que pensez-vous de la lettre ouverte des promoteurs ? »
Il ne se dérobe pas : « C’est moins agréable quand c’est une dépêche AFP qui vous l’apprend (…) Ils ont le droit de parler (…) Ce sont des vagues sans
conséquences. Après le conseil national du 4 juillet, j’écrirai aux militants pour aller dans leur sens (ndlr : leur=les promoteurs) ».
Ce qui attendait désespérément un signe, un coup de téléphone…voilà. Quant à moi, j’en reste à mon impression : « qui ne dit rien consent ».
Pendant 2h30, beaucoup d’échanges avec la salle sur beaucoup de sujets dont je ne parlerai pas ici et déjà évoqués ailleurs (analyse de la défaite et sa responsabilité individuelle, les sondages, débat avec Cohn-Bendit, Home, situation politique nationale, état calamiteux des finances publiques, éducation, crise économique, perspective d’avenir…).
Comme la vie interne du Mouvement est le centre de préoccupation majeur des adhérents dans beaucoup de fédérations en ce moment, quelques
brèves de la soirée:
- François Bayrou profite de cette occasion pour féliciter tous ceux qui ont contribué aux bons scores locaux
(14% dans le département, 16,5% sur Pau à quasi égalité avec Europe Ecologie et le PS, 39% à Bordères …). Francis Escallé le maire de Baudreix, ancien du PS qu’il a quitté depuis plusieurs années
et membre fondateur comme beaucoup d’entre nous, raconte « le pied que ça été pour lui cette campagne européenne » sur la plaine de Nay (22
et 23 % sur les deux cantons, et le MoDem en tête sur 19 des 20 communes : du jamais vu même au temps de l’UDF !). Il a raison Francis. Quand chacun apporte et partage ses compétences,
son savoir-faire électoral, le tout dans une confiance mutuelle, on s’éclate. Comme dirait un démocrate niortais : "le modem, c’est
FUN ! " D’ailleurs, samedi soir nous avons fêté tout ça à la festibandas, d’où ce léger retard d’écriture, le temps de digérer le
« caramel » de la soirée.
- Certains reprochaient à François d’être resté silencieux ces derniers jours. Vu ses propos et quelques-unes
de ses allusions – Matériaux, Révolution Française ;-) -, je dirai qu’il a du sonder profondément la blogosphère démocrate et ouvert sa boîte
mail pour entendre et écouter « la base ». Je l’avais senti déjà dans son message aux militants. François explique que beaucoup d’adhérents ne veulent pas ou plus d’une organisation
traditionnelle de parti comme nous l’avons connu jusqu’à présent avec ces réunions, sa hiérarchie et ses petits jeux de pouvoirs locaux même si
l’ambition d’être élu est légitime et que la concurrence doit être seine…(note perso : on le sait
depuis longtemps !!!). Il en a parfaitement conscience et il rappelle que pour d’autres le parti « classique » s’avère aussi un lien de sociabilité avec le plaisir de se
retrouver ensemble (notamment pour les anciens). Trouver le bon dosage et des nouvelles formes de militantisme à inventer et à faire partager quand elles existent dans certaines
fédérations.
- Il reprend quelques militants qui ont la
critique un peu acerbes sur des dirigeants du MoDem (Lepage, Khan) qui se sont exprimés dans la presse depuis le 7 juin. « Chacun son
histoire, son mode fonctionnement, sa façon de pensée, ses compétences (…) Les députés européens élus sont légitimes pour s’exprimer et démultiplier la voix, le projet et les valeurs
démocrates. Un petit mot gentil pour son ami de 30 ans Michel Mercier après qu’un adhérent n’eu pas compris pourquoi il était simplement « en congés du parti » et pas viré. Une
allusion à la querelle des anciens et des modernes.
- Comme d’habitude, j’attends la fin de la
réunion pour poser la question qui tue au cas où quelqu’un d’autres la poserai avant moi ! Toute la semaine, j’avais été assailli de mails et de coups de téléphone du type « faut
que tu dises à Bayrou que… ». Le petit jeune au micro passe à côté de moi et hop, à moi la parole :
« François, c’est au chef de parti que je m’adresse. Ce qui m’a frappé dans cette campagne des européennes que j’ai suivie dans deux circonscriptions, c’est la difficulté de certains responsables de fédération à mobiliser les adhérents pour faire campagne, et plus simplement à faire vivre leur fédération au quotidien. Par contre, dès qu’était inscrit le nom de François Bayrou sur une affiche pour une réunion ou une convention, les adhérents et sympathisants se déplaçaient en masse. Et puis après, peu de monde présent. Alors comme tu l’as dit, il y a une partie des adhérents qui ne veulent pas d’une structure classique et des formes nouvelles de militantisme à inventer ou à développer : d’ailleurs, est-ce que la fédération internet prévu dans les statuts nationaux va voir le jour ? Il y a, c’est vrai au sein de certaiens fédérations, le jeu classique des rivalités de personnes qui veulent être élues, après tout c’est humain. Il y a quelques fois des griefs qui ne sont pas justifiés voir infantiles envers certains responsables, j’en conviens. Mais parfois François, il y a des griefs parfaitement justifiés et des dysfonctionnements qui remontent pour la plupart aux élections internes, et des instances à divers niveaux qui ne sont pas reconnues par les adhérents de « base ». Alors, comme nous avons parlé ce soir des nouvelles échéances électorales, de l’avenir et du projet Humaniste et Démocrate dont tous les matériaux sont là pour qu’il prenne forme, la première des choses à faire aujourd'hui n’était-elle pas de remettre un peu d’ordre dans la maison Orange ?
Oui, là, forcément, la totalité de la salle se tourne vers moi (euh, oui, j’étais au fond), certains avec de gros yeux, d’autres avec le
sourire aux lèvres. François Bayrou marche et prend une grande respiration. Il a un petit moment pour préparer sa réponse avec l’arrivée des conseillers généraux qui revenaient du vote du budget
supplétif et qu’il salue.
« Tu as raison" me dit-il. "La situation que tu décris est
parfaitement juste. Cela concerne XX fédérations en tout (note perso : là les amis pour connaître le nombre, va falloir passer à la caisse à investiture pour les prochaines régionales et
législatives !!!). Ce n’est pas toujours facile. Je vais remettre de l’ordre dans la maison là où il faudra en remettre. J’annoncerai des décisions en ce sens lors du prochain conseil
national. Quant à la fédération internet, j’y suis favorable mais cela implique de la discipline. »
Rien de sensationnel. Ceux qui ne savaient pas si François Bayrou avaient été alertés sur ces sujets auront au moins cette satisfaction que cela lui a été rapporté. L’ami basque et blogueur
BGR en a profité pour saisir la balle au bond et enchaîne sur son « pacte démocrate ». Réponse de François : « Là, aussi en terme d’alliance aux régionales et de stratégie nationale, des décisions seront annoncées le 4 juillet prochain ». Comme il l’a
répété : « il est moins difficile pour le MoDem de s’entendre pour 22 régions que pour 36 000 communes ».
Avant la fin du débat, un journaliste m’attrape au vol et me demande une ITW ! Avec mon, compère savoyard, on y va. Après tout, si on veut être ministre en 2012, faut commencer à se faire un petit nom !
Le journaliste : qu’avez-vous appris de cette réunion sur l’échec du MoDem aux européennes ?
Moi : Rien que je ne savais déjà.
Le journaliste : pourquoi êtes-vous là alors ?
Moi : On fait souvent le reproche à François Bayrou d’être seul. On n’oublie qu’il y a 50 000 militants autour de lui, beaucoup d’élus étaient présents ce soir. C’est important quand il rentre au pays qu’il sache qu’il est en famille, au milieu des siens. Et puis, ce type de réunion n’empêche pas les questions critiques. Le débat existe au sein de notre mouvement.
Le journaliste : Justement., vous étiez à l’UDF. Vous ne regrettez pas d’être au MoDem ?
Moi : Objectivement, quand je regarde la politique menée par Nicolas Sarkozy et l’UMP depuis 2 ans, Je ne regrette pas mon choix. Les valeurs et les propositions de l’UDF ne sont pas représentées du tout. Nous avions raison avec François Bayrou en 2007. A gauche, comme vous pouvez le voir, c’est le vide et le néant. Au MoDem, nous avons le matériau pour construire un projet alternatif crédible. Il nous suffit juste de trouver la bonne organisation et de coordonner tout ça. Du travail en perspective donc.
Ben voilà. La soirée s’est poursuivie autour d’un bon buffet des spécialités locales avec l’ami BGR que je rencontrais en réel pour la première fois. C’est aussi cela le Mouvement Démocrate « le plaisir d’être ensemble » comme dirait Jean Lassalle.
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